L’OMBRE DE SIRIUS, PRIX PULITZER DE POÉSIE 2009 ENFIN TRADUIT

Voici la présentation du recueil (édition bilingue) faite par le traducteur Luc de Goustine.

Après publication de La Renarde en 2004, voici en français L’ombre de Sirius, parue en 2008. La distance, fût-elle accrue par la dérive des continents ou, plus tristement, par l’atrophie de notre appétence poétique, voue le lecteur français à traverser à gué la grande œuvre de Merwin…
Avant de risquer ce saut, sachons au moins qu’entre-temps, un monde de poèmes et de textes a jalonné la route de celui dont Edward Hirsch écrivait : « W. S. Merwin… a créé un corpus de sagesse littéraire sans précédent à notre époque. Je me réjouis d’être vivant en un temps où W. S. Merwin a mis au monde son œuvre étonnante et sans pareille. »

Étonnante, en vérité, par la délicatesse et la puissance de l’instrument : car il s’agit bien ici de la mise en œuvre, face au flux invisible de ses intuitions, savoirs et sentiments, d’un dispositif infiniment sensible grâce auquel leurs harmoni(qu)es apparaissent, chantent, et résonnent jusqu’à creuser leur retour au silence.

Sirius est sans doute la plus brillante étoile du ciel d’été, mais c’est ici par le biais de son ombre que William la surprend et nous captive. L’ombre des souvenirs d’enfance dont la ronde le hante et dont, par un balbutiement poétique génial, il tente de restituer celui qui ne put pas jadis passer ses lèvres. L’enfant – in-fans ¬– en deçà de la parole, n’est encore que l’ombre de son destin singulier. De Sirius se diffusent encore d’autres balbutiements, ceux de la grande comédie cosmique – nuit du chaos, naissance de la lumière, soupe primordiale, cellule, et nous que voici ! Sirius enfin est le chien d’Orion – du zénith héliaque au nadir des enfers où Merwin l’interpelle en la personne de ses chiens défunts, frères psychopompes, à qui il se confie d’avance pour être tendrement conduit par les vallées de l’ombre… Je ne sais rien de plus troublant que cette communion-là avec l’animalité qui nous fait profondément humains, nous atteste comme tels, à l’ombre d’une transcendance absente ou présente, ses mille petites ombres, qui nous rachètent peut-être des brûlures de nos ambitions, ces radiations du plein soleil.

En écho de La Renarde, un cycle de poèmes nous ramène sur le Causse, cette fois en un dernier adieu à la patrie d’élection où les mésanges ont, une à une, disparu. Une mélodie grave en bourdon soutient ces lignes lancées bien au-delà des nostalgies mondaines comme des rendez-vous avec ailleurs. Aidé de Paula, William a bien voulu relire et souvent rectifier l’ébauche française qui lui était soumise. Son amitié nous a entourés, comblés. Et son talent nous lègue ce recueil à lire, respirer, inspirer… Corps poétique vivant.

Luc de Goustine, juillet 2015

 





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