Du front de l’Ebre aux maquis de Dordogne-Nord

Voici l’histoire du livre Les acacias blancs de Gelsa par l’auteur Christian Bélingard

Au printemps 1944, la plupart des voisins de mes grands-parents en âge de partir pour le STO étaient venus se réfugier dans les taillis, à proximité de leur ferme alors très isolée dans la haute vallée de l’Isle, entre Limousin et Périgord. Ils avaient vingt ans à peine et la peur au ventre. Un jeune capitaine espagnol les conduisait parfois dans un camion un peu poussif, lorsqu’ils venaient se ravitailler en pain, en pleine nuit, dans le fournil de mon grand-père. Son surnom était « Petit -Pierre »
Au début des années 2000, je me suis décidé à entreprendre des recherches pour savoir si la photo d’un certain José Gonzalvo Uson, dit lui aussi « Petit-Pierre » et parue dans l’ouvrage  Francs-tireurs et partisans français en Dordogne pouvait bien correspondre à la même personne...

Sans tirer parti tout de suite de cet indice, j’ai commencé par rechercher José Gonzalvo en France, en essayant d’obtenir de nouveaux renseignements…
Une recherche dans l’annuaire téléphonique en Espagne s’avéra finalement payante. La plupart des personnes portant ce double patronyme se trouvaient bien localisées dans la région de Saragosse, comme le courriel de Pilar Gonzalvo me le suggérait. J’entrai ainsi en contact, après quelques essais infructueux, avec une abonnée au téléphone domiciliée à Gelsa (Aragon, Espagne) qui se déclara tout de suite être la nièce de José Gonzalvo Ùson. Madame Clara Gonzalvo accepta alors de contacter son oncle qui vivait toujours en France, mais dont le numéro était en liste rouge, ce qui expliquait que  mes recherches fussent restées infructueuses…
À ma grande surprise, José Gonzalvo ne fit aucune difficulté pour me recevoir et me raconter tout son parcours, en plusieurs entretiens au cours des années 2007-2008. Notre première rencontre, le 9 juillet 2007,  fut extrêmement émouvante. Elle eut lieu à son domicile, une petite maison au milieu des vignes à Sainte-Croix-du-Mont. Je fis ainsi connaissance avec un homme courtois, chaleureux, encore très alerte. Il était fier de me parler de sa famille et de ses petits-enfants qu’il emmenait sur le canal du Midi sur un bateau dont il venait de passer le permis à l’âge de 86 ans ! L’image du « papy gateau » avait définitivement éclipsé celle du guérillero.
En effet, sur ce qu’il avait vécu pendant la guerre, José avait tiré un trait presque définitif. Extrêmement secret, il n’en avait que très peu parlé en famille. Je pus rapidement vérifier qu’il était bien le « Petit-Pierre » dont m’avait parlé mon père. Et j’essayais d’en savoir beaucoup plus, encouragé par la volonté qu’il manifestait, après tant d’années, de témoigner.
Je compris peu à peu, au fil de notre conversation, qu’il avait été un acteur plus important que je ne l’avais tout d’abord imaginé. Mais il me fallut compléter ces entretiens par de longues recherches. Au terme de cette enquête, je peux affirmer qu’il fut un chef militaire exemplaire et consciencieux, et qu’il est sans aucun conteste à l’origine d’un des premiers maquis de Dordogne. Ils sont assez rares, en définitive, ceux qui ont ainsi rejoint les réseaux clandestins dès l’année 1942. Son rôle dans la Résistance en Dordogne, quasiment passé sous silence, mérite d’être souligné et mis en avant comme un exemple d’abnégation, de courage, et de désintéressement. Avec, comme point d’orgue, l’improbable expédition du Val d’Aran qui ponctue son incroyable parcours, où l’on découvre un jeune héros romantique tiraillé entre le devoir patriotique et la passion amoureuse…

Extrait du livre à paraître le 3 décembre 2014

 





Publié dans Billets de blog

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